Bien travailler le sol dans un potager déjà installé.

 

Dès que l’hiver s’éloigne, le jardinier songe à travailler le sol pour permettre de nouvelles cultures.

Les buts fixés: décompacter le sol, l’aérer, le débarrasser des adventices, apporter du fumier, permettre le réchauffement des couches profondes. La solution traditionnelle consiste à bêcher ou à labourer.

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Mais on entend de plus en plus parler du phénomène de fatigue des sols.

Mal connu, il y a une dizaine d’années, ce phénomène de fatigue des sols est dû à un travail intensif, aux apports d’engrais de synthèse, aux désherbages chimiques. Ceci se produit également, à moindre échelle peut-être, dans nos potagers. Avec un manque de matières organiques, la terre se minéralise, le sol est lessivé: il ne garde plus les éléments nutritifs.

 

Les études entreprises pour lutter contre ce phénomène ont permis de mieux comprendre ce qui fait la richesse du sol et comment on peut la préserver, l’enrichir, voir la rétablir.

 

Le sol, un écosystème complexe.

Un sol vivant abrite des milliers d’organismes différents:

– des bactéries

– des protozoaires (ce sont des animaux unicellulaires),

– des nématodes (ce sont des vers),

– des vers de terre,

– des arthropodes (invertébrés) parmi lesquels on trouve des insectes ( coléoptères, fourmis, collemboles), des crustacés (cloportes), des arachnides (araignées, acariens, mites…) des myriapodes (mille pattes),

– des champignons…

Au nombre de plusieurs milliards dans une poignée de terre, ces organismes vivants différents forment l’un des écosystèmes les plus complexes de la nature.

On les trouve dans les 20 premiers cm du sol, 90% étant dans les 10 premiers cm.

Actuellement, on estime que moins de 10% de ces organismes sont identifiés.
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Chacun y joue un rôle qu’il soit bénéfique ou pathogène.

– Les bactéries: 100 millions par g de sol. Elles participent à la décomposition de la matière organique, stabilisent les agrégats, stimulent la croissance des plantes, régulent d’autres microorganismes et dégradent certains polluants et certains pesticides.

 

– Les protozoaires: de 1 000 à 1 million par g de sol. Ils minéralisent les nutriments pour les rendre disponibles pour les plantes et pour d’autres organismes. Ils ont aussi un rôle de prédateur de certaines bactéries et de certains champignons.

 

– Les nématodes: 1 à 30 millions par m² de sol. Ils minéralisent les nutriments, régulent les populations de bactéries et de champignons. Ils servent aussi d’alimentation pour des  organismes de niveau supérieur. Certains sont responsables de maladies pour les cultures mais d’autres sont des prédateurs d’organismes pathogènes.

 

– Les arthropodes: 260 millions par m².Ils ont un rôle de broyage et de brassage de la matière organique, ils disséminent les micro organismes dans le sol, ils contrôlent les ravageurs et améliorent la structure du sol par la production de fèces (matières fécales) riches en matière organique.
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– Les vers de terre: leur présence est le signe du bon état de santé de la terre, de quelques dizaines à quelques centaines par m². On les regroupe en 3 types selon la profondeur où ils vivent: en surface, à moyenne ou à grande profondeur. Se nourrissant de végétal mort, ils ont un rôle de décomposeur et ils effectuent le brassage du sol par les galeries qu’ils creusent. On estime de 1 à 3 t la terre remuée par ha par jour. Ce brassage de la terre permet l’enfouissement de la matière organique et la remontée de terre minéralisée. Les galeries augmentent la porosité du sol, assurent son aération et sa capacité de rétention en eau, favorisant ainsi une plus forte activité microbienne et une plus grande disponibilité d’éléments minéraux .La terre étant bien ameublie, la pénétration des racines est améliorée.

Tout ceci permet d’augmenter la productivité végétale.
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Les vers de terre sont également une ressource alimentaire pour de nombreux animaux (oiseaux, hérissons…)

 

– Les champignons : Ils forment environ 50% de la biomasse du sol, soit environ 10 000 km de filaments par m². Ils ont un rôle de décomposition de la matière organique en cellulose puis en humus; ils régulent les populations de nuisibles aux cultures tels que les nématodes; ils améliorent la nutrition des plantes car ils solubilisent et transportent des minéraux (phosphore et micro éléments); ils dégradent certaines substances comme les pesticides; ils assurent la cohésion des particules minérales et ils sont sources d’alimentation pour de nombreuses espèces.

 

On voit que le sol abrite une vie intense due à une faune abondante.
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Certains de ces organismes vivent dans la couche superficielle du sol, les 5 premiers cm. Ils ont besoin d’oxygène pour vivre.

D’autres ne se trouveront qu’en profondeur car ils n’ont pas besoin d’oxygène, celui-ci étant toxique pour eux.

 

Ces organismes ont  des modes d’alimentation différents.

-Ceux qui se nourrissent de végétaux vivants, feuilles, racines : les phytophages, ex: ver fil de fer, nématodes…

– ceux qui se nourrissent d’animaux vivants : les prédateurs ex: coléoptères, araignées…

– ceux qui se nourrissent de litière, de végétal mort : les décomposeurs primaires ex: cloportes, ver de terre…

– ceux qui, en colonisant les matières végétales mortes, fabriquent de l’humus et libèrent des éléments nutritifs : les micro organismes ex: bactéries, champignons

– ceux qui se nourrissent des matières fortement décomposées, de particules d’humus, d’excréments et de micro organismes: les décomposeurs secondaires ex: collemboles, acariens…

 

Tous ces groupes sont inter dépendants.sol 6

Ils participent à l’élévation de la productivité végétale car :

1 – ils recyclent les nutriments de base nécessaires à tous les écosystèmes: azote, phosphore, potassium, calcium.

2 – en décomposant la matière organique en humus, ils accroissent la capacité de rétention en eau du sol et réduisent le lessivage des éléments nutritifs.

3 – ils augmentent la porosité du sol et ainsi la pénétration de l’eau ce qui diminue le ruissellement  et l’érosion.

 

Protéger la biodiversité du sol , c’est augmenter sa fertilité, sa régénération. C’est favoriser l’absorption des nutriments par les plantes ainsi que la maîtrise des ravageurs.

 

Tout ceci étant dit, comment allons-nous préparer le sol de notre potager?

 

Les pratiques traditionnelles.

Elles sont héritées de nos parents et des générations qui les ont précédées.

Selon la taille du potager, le jardinier effectue soit un bêchage manuel avec retournement du sol, soit un labourage avec un motoculteur, voir un tracteur.

 

Ces techniques présentent quelques avantages:

Si le travail a été fait avant l’hiver à grosses mottes, il favorise l’action du gel. Cela sera très efficace dans un terrain lourd argileux car le gel va émietter les mottes. Encore faut-il cultiver dans une région où la terre gèle beaucoup !

Le bêchage ou le labour va aussi permettre de décompacter les endroits soumis au tassement par les piétinements répétés.

C’est aussi un moyen d’enfouir rapidement le fumier ou le compost comme on a longtemps pensé qu’il fallait le faire.

 

En labourant, le jardinier va aussi enfouir profondément les adventices. En bêchant, il va les retirer avec toutes les racines afin d’obtenir un sol propre, la notion de sol propre étant aussi remise en question.

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Mais ces pratiques traditionnelles présentent des inconvénients:

En premier lieu, surtout pour le bêchage, il s’agit d’un travail long et fatigant occasionnant mal de dos et autres douleurs.

Avec la bêche ou la fraise, les vers de terre vont être sectionnés et donc tués.

Les couches du sol vont être chamboulées ce qui entraîne sa destruction.

Avec le motoculteur, les racines vont être sectionnées et cela va multiplier les adventices (liseron, bouton d’or, chiendent). De plus, une semelle de labour se forme en profondeur.

La fraise va transformer la terre en une sorte de sable qui formera rapidement une croûte.

La terre est mise à nu et va se tasser dès les premières pluies.

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L’enfouissement de la matière organique en profondeur la prive de l’air nécessaire à sa décomposition et sa transformation en humus. Sans compter que cela risque aussi d’entrainer des pourritures, cette matière organique va se minéraliser. La dégradation du sol démarre ainsi.

Pour contrer ce manque de fertilité, il faut ajouter des amendements en quantité chaque année.

 

Au regard de ce qu’on a vu sur la vie du sol, ces pratiques traditionnelles sont de plus en plus remises en cause par de nombreux agronomes.

Si l’on observe la nature, on constate que les plantes poussent fort bien dans des sols qui ne sont jamais travaillés et qu’en dehors des déserts, il y a pas de surfaces laissées à nu.

 

Pour faire évoluer nos pratiques, on doit se fixer deux objectifs dans la préparation du sol :

– ameublir, aérer le sol, le débarrasser de beaucoup d’adventices.

– préserver la structure du sol.

 

Ces deux objectifs nous amènent au travail du sol sans retournement.

Celui-ci va se faire plus facilement avec une grelinette ou biobêche mais également avec une bêche à dents.

Avec cet outil, le sol va être ameubli en profondeur, permettant ainsi la pénétration de l’air et de l’eau, évitant l’apparition d’une semelle de labour. Les racines des adventices vont être soulevées et seront retirées soit à la main, soit lors du passage du croc.
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Ill n’y aura pas de mélange des couches: la faune et la flore ne subissent aucune perturbation, la couche supérieure riche en humus reste en place, les argiles ou les cailloux ne sont pas remontés. Les vers de terre quelle que soit la profondeur où ils se trouvent ne sont pas sectionnés. Nos 2 objectifs sont respectés.

On a donc un respect complet de la structure du sol.

 

A noter que le passage de la grelinette sur une parcelle est plus rapide qu’un bêchage et surtout

beaucoup moins fatigant et douloureux !

 

On effectue ce travail à l’automne ou en hiver ou au printemps dès que les planches sont libérées. Mais il est important de ne pas travailler une terre trop humide ou trop sèche.sol 10

 

Introduction de compost ou fumier.

Si on veut incorporer du compost ou du fumier, on le fera à l’automne. Après le passage de la grelinete, on étale ce compost ou ce fumier et on couvre de paillage. Au printemps; on repasse la grelinette et on finit d’enfouir le fumier superficiellement avec le croc ou griffe à dents.

 

Mise en culture.

Lorsqu’ on veut mettre la parcelle en culture, après le passage de la grelinette, il faut finir de briser les mottes en passant un croc ou une griffe à dents. Si on veut semer, on termine avec le râteau. S’il s’agit de plants ou de bulbes ou d’un semis à faire plus tard, le passage du râteau n’est pas nécessaire car cela provoquerait la formation d’une croûte.

Il est important , si on n’utilise pas la parcelle immédiatement de la recouvrir de paillage.

 

Entretien des parcelles.sol 11

Par la suite, on utilisera la binette, le sarcloir ou la griffe pour l’entretien : lutte contre les adventices  et aération de la couche superficielle qui permet de stimuler l’activité biologique du sol et diminue l’évaporation.

 

Grands potagers.

Dans les potagers de grande surface où l’on veut quand même travailler au motoculteur, il ne faudra pas labourer à plus de 20cm, il faudra utiliser un soc décentré pour éviter la formation de la semelle de labour ou passer la grelinette après le labourage. Cependant, il ne faudra pas labourer tous les ans, le labour même superficiel détruisant l’organisation du sol.sol 12

 

Paillage.

Cette technique de travail du sol sans bêchage s’accompagne obligatoirement de mise en place d’un couvert végétal.

A l’automne, en hiver, on couvrira entièrement les parcelles. Au printemps et en été, on couvrira entre les sillons.

Nous aurons l’occasion de parler des paillages au mois de mai. De même, en novembre, dans la découverte de la permaculture, nous verrons comment cultiver en l’absence de travail du sol , le travail mécanique étant remplacé par le travail biologique des organismes du sol.

 

Ne pas retourner le sol, ne pas laisser le sol nu, ne pas enfouir profondément le fumier, constituent un grand chamboulement dans nos pratiques de jardinage. Ce changement peut se faire sur plusieurs saisons. Certainement aurons-nous quelques mauvaises surprises avant que le sol ne retrouve son équilibre et que nos cultures ne nous donnent entièrement satisfaction.

 

Thérèse PERROT 6 février 2016

Sources

Les 4 saisons du jardin bio.

sur internet: La chambre d’agriculture du Bas-Rhin; A2C,agriculturedeconservation.com;aujardin.info; gerbeaud.com;planetejardin.com; potagerdurable.com; plantes-et-jardins.com; fermedesaintemarthe.com.

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