Planter des arbres fruitiers.

« Le moment clé de la vie d’un arbre fruitier, c’est sa plantation. »

 

La meilleure période c’est novembre : la terre est encore chaude et les racines se développent immédiatement. Pour que des branches poussent il faut que les racines se développent. Or, au printemps, la terre est froide, les racines attendront juin pour se développer… Ce sera alors six mois de perdus.

 

 

Où planter ?

 

On peut créer un verger (si l’on dispose de place) ou bien planter dans un potager ! Dans ce cas il faut choisir des formes adaptées, par exemple en espaliers.

A noter : Pour les arbres en espaliers la taille fruitière (ne pas confondre avec la taille de formation) sera particulière, mais ce sujet sera abordé en détail lors d’une autre rencontre.

 

– Au pied d’un arbre, on peut cultiver. Mais il ne faut pas de plantes à racines profondes comme le poireau. Préférer des fraisiers, des navets, car les jeunes racines de l’arbre sont plutôt en surface. D’où aussi la nécessité d’arroser !

 

 

Que planter ?

 

– Etager les variétés choisies en fonction des saisons de récolte

 

– Pour choisir de bons sujets il faut s’intéresser au porte-greffe. Un règlement datant de 1954 oblige les vendeurs à faire état de la nature de ce porte-greffe sur l’étiquette, mais ce n’est pas suffisamment respecté. Ainsi, lorsqu’ils étaient producteurs, les pépinières Delbard spécifiaient toujours le nom du porte-greffe. Si vous interrogez un vendeur dans une jardinerie, il considèrera souvent votre question comme embarrassante voire saugrenue. Or il faut savoir sur quoi c’est greffé pour savoir comment cela va se développer.

 

– En faisant germer un pépin on obtient un plant. Il peut constituer le porte-greffe. On parle alors d’un porte-greffe franc. Il sera plus solide à terme mais on n’obtiendra pas de fruits avant une douzaine d’années… Par exemple, un poirier est en général greffé sur cognassier, ainsi l’arbre produit plus vite que s’il était greffé « sur franc ». Autrefois on greffait aussi sur l’aubépine mais celle-ci est trop sensible au feu bactérien.

 

– Dans le potager, on a intérêt à privilégier les porte-greffes nanifiants, c’est-à-dire ceux qui favorisent une croissance, sinon naine, du moins maîtrisable…

 

– Acheter les arbres dans une pépinière spécialisée dans les fruitiers (ou connaître le producteur) et le plus possible à proximité de chez soi : même terrain, même climat.

Beaucoup d’arbres viennent de la région d’Angers. Les producteurs ne sont pas légion en Bretagne. Claude nous indique cependant les pépinières du Stivel installées près de CARHAIX : › Jean-Marc GUENVER, ar Stivel 29246 POULLAOUEN – ( 02 98 93 50 26 – À 06 72 19 66 84.

 

– Ne pas acheter les arbres en pot mais à racines nues. Si l’arbre est en pot on peut toujours demander à enlever le pot pour voir l’état des racines (notamment si elles forment un « chignon », signe que l’arbre est en pot depuis trop longtemps). Mais dans une jardinerie, on vous donnera rarement satisfaction sur ce point !…

 

– Acheter un scion d’un an permet d’avoir un sujet facile à courber pour un cordon, par exemple. Et il pourra néanmoins produire assez vite.

 

– Se préoccuper de la saveur des fruits. Beaucoup de variétés actuelles de pommes sont d’origine américaine et trop sucrées. Souvent la saveur est la dernière préoccupation derrière l’aspect (la beauté du fruit) et le fait qu’il soit transportable sans dommage… Les fruits subissent donc des traitements (40 par an sur les pommiers !) Est-ce bien ce que recherche le véritable amateur ? Pour la santé de l’arbre un seul traitement annuel à la bouillie bordelaise peut parfaitement suffire.

Un point à connaître sur cette question de saveur : Le goût du fruit n’atteint son maximum qu’après un temps d’adaptation de l’arbre au sol dans lequel il est planté. Le sol a en effet une grosse influence sur la saveur du fruit : un vieux sujet breton a, ici, un goût plus authentique !

 

 

Comment planter ?

 

– Creuser un trou de 50 cm x 50 cm x 50 cm. Ne pas mélanger les différentes terres extraites du trou. Au moment de reboucher remettre la bonne terre au-dessus (rappel : les racines sont en surface !). Le fumier n’est pas indispensable ; et en tout cas, ne pas mettre de fumier en contact direct avec les racines. Du compost peut concourir à alléger la terre, en même temps qu’il l’enrichit.

 

– Ne pas hésiter à creuser le trou de plantation longtemps avant, quitte à le reboucher temporairement avec la terre meuble pour des raisons de sécurité (et d’esthétique, éventuellement).

 

– Arroser copieusement à la plantation et durant la première année. Les racines proches de la surface sont sensibles à la sécheresse. Bon à savoir également : les boutons à fleurs se forment l’été. Or en été les fruits formés pompent l’eau. S’ils pompent toute l’eau, la floraison sera moins bonne au prochain printemps. Remarque : c’est ce qui génère l’alternance des récoltes.

 

– Si on plante des espaliers en alignement, orienter cet alignement Nord-Sud pour l’ensoleillement. S’il y a deux rangées parallèles, les espacer suffisamment (au moins deux mètres) toujours pour une question de lumière. Pour information, on utilise le mot « espalier » pour des plantations en appui sur un mur, sinon il faut dire « contre-espalier ».

 

– Bien tenir compte de la question de la pollinisation.

Certaines espèces ou variétés sont auto-fertiles (la vigne, le pommier Reine des Reinettes,…). Mais beaucoup d’autres ont besoin d’un voisin pollinisateur. Il faut planter l’arbre pollinisateur au bon endroit par rapport au sujet à féconder. Penser aux vents dominants. On peut aussi greffer la variété pollinisatrice sur l’arbre récepteur.

Prunier : La Reine-Claude d’Oulins est un bon pollinisateur. On peut aussi utiliser la prune d’Ente (qui sert par ailleurs à faire le pruneau).

Pommier : La Reine des Reinettes pollinise bien les autres. Le pommier Everest (qui est un pommier décoratif) est un bon pollinisateur.

Poirier : Le poirier Williams pollinise bien tous les autres. Parmi les décoratifs on peut choisir le poirier Chantecler.

 

 

Comment tailler ? (quelques principes généraux)

 

– Pour former les arbres en espaliers (pommiers, poiriers) en U simple, espacer les scions de 60 cm ce qui permettra d’obtenir ensuite des branches verticales écartées de 30 cm. La première année (à la plantation) on coupe le scion à 30 cm du sol. Ce qui va provoquer la naissance de branches latérales que l’on conduira le long d’un fil horizontal avant de les ployer verticalement à la distance choisie.

Pour former l’arbre en cordon, le principe est identique et si l’on veut un double cordon (deux étages), on prévoira le second 50 cm plus haut. Sur un arbre en cordon, il ne faut rien laisser pousser sur le dessous des branches.

 

 

 

– Pour la taille en gobelet, procéder en réservant une bonne aération au centre de la végétation pour que les branches exposées au Nord reçoivent aussi du soleil (indispensable aux fruits !).

 

– Pour un arbre en tige, on choisit la hauteur désirée et on coupe la tête du scion où on le souhaite. Autrefois on tenait compte de la hauteur à laquelle les vaches ne pouvaient pas atteindre les fruits… Penser cependant aux récoltes, pour éviter l’échelle. Une hauteur accessible avec un escabeau est pertinente !

 

– Toute taille de formation doit s’exécuter sur des sujets jeunes car les branches sont plus souples.

 

– Sur les arbres à noyaux (cerisiers, pruniers,…), il faut tailler après la récolte. C’est un élagage, pas une taille fruitière. Car ils cicatrisent mal et forme de la gomme. Notons que cette gomme est utile pour défendre la blessure des attaques nuisibles.

 

 

Bon à savoir…

 

– La première année ne pas garder tous les fruits, cela épuiserait le jeune arbre.

 

– Pour obtenir de gros fruits, ne laisser que deux fruits par bouquet. Opérer cet « éclaircissement » en mai lorsque le fruit a la taille d’une noisette, et si l’arbre est malingre on peut n’en garder qu’un.

 

– Un truc pour le choix d’une variété de pêcher : semer beaucoup de noyaux de pêche différents pour voir ceux qui ne sont pas sensibles à la cloque (maladie cryptogamique). A la 3ème ou 4ème année on pourra ensuite vérifier si le fruit est bon…

 

– L’abricot peut se développer difficilement sous notre climat. L’abricot-pêche de Nancy vient bien.

 

– Figuiers qui réussissent bien ici : Rouge de Bordeaux, Madeleine (dite aussi Angélique) ‘deux saisons’, Sultane, Brunswick. En général, préférer les variétés unifères (qui ne donne qu’une récolte par an).

 

– Pas besoin de greffer la Quetsche d’Alsace ou la Mirabelle. Si on sème le noyau on obtient la même chose.

 

– Parmi les bonnes poires d’hiver : Angelis, Doyenne du Comice, Joséphine de Malines…

Cueillir les poires avant maturité : on prend le fruit en main, on le retourne, s’il se détache, il est bon à cueillir. La Conférence, elle, se consomme en octobre. Pour conserver les pommes et les poires dans l’obscurité, prévoir une température constante de 9°C et une hygrométrie à 60 à 70%. En conservation, le fruit peut garder sa beauté extérieure mais perdre de sa saveur.

 

– Une floraison tardive ne signifie pas forcément une maturité tardive du fruit.

 

– Remarques sur la taille fruitière : Sur les pommiers, on peut tailler lorsque les boutons à fleurs commencent à s’ouvrir. Ainsi, il n’y a pas de confusion entre « boutons ». Il faut éviter la taille quand il fait très froid.

 

– Documents distribués :

Porte-greffe, brisons le silence – Patricia Beucher, « Vivre au jardin », déc. 1990

Le rôle des porte-greffes fruitiers – Didier Willery, « L’Ami des jardins et de la maison », janv. 1997

10 questions sur l’achat d’un arbre – Article de Didier Willery

 

– Livre conseillé : Maladies et ravageurs des fruits (Ed. Ulmer). Se trouve aisément dans les grandes enseignes.

 

 

[Prise de notes et mise en page : Daniel Perrot]

 

 

Agenda : les conférences « Pomologie » de Balades et Jardins se tiennent le 4ème samedi de chaque mois.

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