Comment favoriser les défenses naturelles des plantes au jardin potager.

 

1;Les défenses naturelles des plantes.Exemple de défense constitutive

 

Au cours de l’évolution, les plantes ont su développer des stratégies de défenses face aux agressions:

attaques de ravageurs, maladies, sécheresse, gel ou chaleur excessive, vent, nature du sol…

Si certaines de ces défenses anatomiques sont visibles comme la taille des plantes, le feuillage, les épines, les couleurs etc… d’autres (défenses passives, défenses constitutives, défenses induites) sont encore en étude par les scientifiques, soit pour en connaitre les mécanismes, soit pour développer de nouvelles stratégies de protection des plantes. Il s’agit là d’agir sur les rapports entre la plante et son agresseur ou de stimuler les défenses naturelles de la plante.

 

 -Les défenses passives: Il s’agit de la capacité de la plante à libérer des molécules chimiques tendant à nuire au prédateur (latex, gomme, résine…)

 

– Les défenses constitutives: La plante offre le gîte et le couvert à un animal qui éliminera certains de ses prédateurs. Ces hôtes se verront installés dans les tiges de la plante, dans ses pétioles, ses bulbes, ses poils..

– Les défenses induites: Lorsqu’elle est attaquée par un prédateur, la plante libère des molécules qui pourront avoir une action extérieure ou engendrer une réaction intérieure.

 

Dans le cas d’une réaction intérieure, comment fonctionne la résistance active d’une plante dans le cadre d’une défense induite?

1er acte: l’attaque

-scène 1: Phase de reconnaissance entre la plante et l’agent pathogène (prédateur, bactérie, champignon…)

-scène 2:L’agent pathogène produit des enzymes de dégradation de la paroi végétale.

-Scène 3:La plante a reconnu un agresseur et émet des substances appelées éliciteurs. Ceux-ci , actifs à faible dose, servent de signal d’alerte.

 

2ème acte: l’entrée en guerre

– scène 1:Les éliciteurs arrivent à des récepteurs situés sur les parois des cellules et une perturbation de la membrane s’effectue.

-scène 2: Le message d’attaque est transmis au noyau de la cellule par des substances secondaires comme l’acide salicylique.

scène 3: La cellule active ses gènes de défense et émet des molécules de défense. Selon les cas, elles peuvent avoir un pouvoir insecticide, antifongique ou antibiotique.

 

3ème acte: la lutte

2 scènes en parallèle:

-Certaines molécules vont renforcer ou réparer la paroi végétale afin d’arrêter la pénétration de l’agresseur.

– D’autres molécules luttent contre l’agresseur pour le détruire

 

4ème acte: l’épilogue

– Les cellules attaquées vont émettre des signaux vers leurs voisines afin de créer une zone de résistance locale acquise ( RLA). Cette RLA est caractérisée par la synthèse de tissus autour du point d’infection.

– La réaction de défense se propage à toute la plante: c’est la résistance systémique acquise ( RSA)

Cette résistance, moins forte que la RLA, sera plus durable. Elle permettra à la plante de résister à toutes sortes d’agresseurs plus rapidement et plus efficacement. Cette RSA peut durer plusieurs semaines.

 

Réaction extérieure dans le cas d’une défense induite.

Dans le cas d’une réaction extérieure, la plante va émettre des molécules volatiles qu’elle a synthétisées. Celles-ci ont pour but d’attirer des prédateurs de l’attaquant. Ainsi l’exemple du maïs attaqué par la chenille du légionnaire de la betterave qui, par ses composées volatiles libérés, attire une guêpe parasite. Celle-ci va pondre dans les chenilles qui finiront par mourir. On observe le même phénomène sur le haricot ou le concombre attaqués par un acarien et qui attirent par leurs substances un autre acarien prédateur.

 

Par ailleurs, des études actuelles montrent que les plantes communiquent entre elles. Lors d’une attaque, elles peuvent envoyer des éliciteurs aux plantes voisines soit dans l’air par des molécules volatiles, soit dans le sol par leurs racines avec l’aide des mycorhizes (champignons) ou des bactéries qui les entourent. Les plantes voisines ont ainsi leurs réactions de défenses stimulées et réagissent plus rapidement à une attaque

 

Les voies de la recherche actuelle.

Les éliciteurs ont été découverts dans les années 80.

Depuis, les scientifiques recherchent des molécules capables d’induire les réactions de défense des végétaux.

Ces molécules sont appelées stimulateurs de défenses naturelles (SDN).

Parmi ces SDN, on distingue les vrais éliciteurs de défense induite, des stimulateurs de vitalité ou biostimulants et des potentialisateurs.

Les biostimulants permettent à la plante de mieux se développer et d’être plus résistante.

Avec l’usage de potentialisateurs, les premières phases de la résistance induite sont déclenchées puis stoppées. La plante se trouve en état de veille. En cas d’attaque, la réponse de défense sera plus rapide et plus efficace.

La frontière est infime entre ces différents SDN. On trouvera des éliciteurs dans des fertilisants et de la même façon, des biostimulants pourront avoir un effet éliciteur ou potentialisateur.

 

Les SDN peuvent être d’origine végétale (à base de légumineuse ou d’algues) animale (acides aminés), minérale (oligo-éléments) ou d’origine synthétique. Actuellement quelques SDN sont homologués et commercialisés. Ils concernent le blé, l’orge, la fraise, le feu bactérien du pommier, du poirier et du cognassier, la vigne et la tomate.

Il existe d’autres SDN non homologués en France dont l’efficacité ou la toxicité sont encore à prouver ou à améliorer.

Ceci étant, les scientifiques, afin de découvrir de nouveaux éliciteurs, s’orientent aussi vers des mélanges de composants qui ne présentent pas d’activité biologique lorsqu’ils sont utilisés seuls: extraits d’algues, fertilisants, acides aminés..)

 

L’utilisation des SDN s’inscrit dans le cadre d’une agriculture raisonnée.

Les SDN ne remplaceront pas les traitements phytosanitaires car leur efficacité reste partielle. Mais en associant SDN et traitements phytosanitaires, on pourrait réduire l’utilisation de ces derniers.

De plus ,s’ils sont utilisés correctement, ils ne semblent pas toxiques pour l’homme et ils ont un impact faible sur l’environnement.

Les SDN pourront aussi apporter des solutions lorsqu’il existe peu ou pas de traitement efficace.

Cependant beaucoup de questions n’ont pas de réponses et les chercheurs manquent de recul:

effets secondaires sur l’homme à long terme, sur l’environnement, évaluation de l’ importance de l’efficacité, diminution des rendements, conditions d’utilisation…

 

En ce qui nous concerne, actuellement, il  faut savoir que les engrais et fertilisants commercialisés et qui annoncent un effet éliciteur ne le sont que s’ils ont reçu une homologation (AMM).

Pour l’instant, il est plus sage de continuer à observer de bonnes conditions de culture. A nous d’essayer de réduire les traitements en jouant sur les préparations à base de plantes traditionnelles

et ,au regard des connaissances sur les interactions entre les plantes, sur les associations.

 

2 Rappel des bonnes conditions de culture.

Lorsqu’elle active ses défenses naturelles, la plante utilise énormément d’énergie. Il est donc nécessaire qu’elle ait été cultivée dans les meilleures conditions possibles:

– un travail du sol respectant sa structure,

– un apport de fumier, compost, cendres, algues correspondant aux besoins de la plante,

–  un semis ou une plantation à la bonne date,

– une rotation des cultures,

– la limitation des causes de stress telles que sécheresse, vent, température, manque de lumière,

– un bon entretien des parcelles pour limiter les adventices les plus redoutables,

– l’installation des auxiliaires,

 

  1. Les plantes qui aident les plantes.

Bien que les études actuelles n’aient pas permis de le certifier, les jardiniers ont pu observer que l’ utilisation de certaines plantes comme l’ortie, la prêle, la consoude ou la fougère aigle, stimulaient la croissance des plantes et en renforçait les défenses naturelles.

En ce qui concerne leur utilisation, on peut se reporter au texte dans le site sur les décoctions, infusions et purins.

Au regard des recherches actuelles et comme nous sommes proches de l’océan, il est facile aussi d’utiliser les algues, soit dans le compost, soir en amendement direct, soit en jus d’algues.

 

  1. Les associations de plantes.

Les observations des jardiniers ont montré que la gestion du compagnonnage entre les plantes pouvait donner de bons résultats.

Cela fera l’objet d’une future intervention.

 

Sources

Les 4 saisons du jardin bio.

site A2D

site Valinov

 

Thérèse Perrot. Avril 2015

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