En relation avec la permaculture, il s’agit d’une pratique en plein développement.

A titre d’exemple, on peut citer le jardin d’Emilie Hazelip ou la ferme du petit colibri de Richard Walluer sans oublier la ferme du Bec Hellouin de Charles et Perrine Hervé-Gruyer.

Les principes

Ils sont ceux de la permaculture:

– butte permanente afin d’éviter toute dépense d’énergie inutile

-respect de la vie du sol qui n’est pas travaillé mais toujours couvert

-recyclage des déchets verts

-volonté de laisser faire la nature

-meilleure utilisation de l’espace

-apport esthétique par la variation des formes et des volumes.

En résumé, la butte reste en place, toujours recouverte de paillis, de feuilles, d’herbe ou de végétaux comme dans la nature. La butte est dite autofertile.

Les avantages

On recrée du sol. Si la terre du potager est gorgée d’eau ou pleine de cailloux, la culture sur butte est idéale car elle élimine ces problèmes.

La terre est moins basse. En général, on réalise des buttes de 50cm de hauteur, ce qui facilite les récoltes. On verra  à la réalisation que cela situe le sommet de la butte à environ 1,30m.

La terre se réchauffe plus rapidement car les bords captent mieux les rayons du soleil. Cela permettra aussi des cultures plus précoces ou plus tardives.

La terre est mieux drainée. Les pluies pénètrent mieux et il n’y a pas d’eau stagnante.

Les racines des plantes se développent mieux: elles ont plus d’espace et le sol est plus aéré.

Il y a plus de place pour cultiver que sur une surface plane.

On peut cultiver plus serré car la couche de sol est plus importante. Donc il y a moins de concurrence entre les plantes.

Le sol est respecté car on ne marche pas dessus et on ne le travaille pas.

La butte est autofertile: c’est la décomposition du paillage qui nourrit la terre.

Les inconvénients

Le plus important est la mise en place de la butte qui nécessite du temps et beaucoup d’énergie.

La sécheresse est plus rapide en été.

L’exposition au vent est plus importante.

Le tassement naturel de la terre nécessite des apports très réguliers de paillage.

Un affaissement des bords intervient au fil du temps et  demandera peut-être de reconstruire la butte au bout de quelques années. De même si le tassement est trop important.

En regard de ces avantages et inconvénients, comment savoir si c’est utile de réaliser une butte?

Ce n’est pas utile si:

– le sol n’est pas trop aride,

– le sol n’est pas trop humide,

– l’herbe pousse bien,

– le sol est profond.

C’est utile si:

– le sol est de mauvaise qualité: très pauvre, très humide, caillouteux.

Par contre si la terre est trop drainante ou le terrain très venté, on cultivera en creux.

La réalisation d’une butte

Choisir l’orientation

-nord-sud: les pentes capteront davantage les rayons du soleil.

-est-ouest: une pente sera à mi-ombre ce qui est favorable aux salades, l’autre pente bénéficiera du soleil en permanence.

Choisir le lieu

La butte va rester en place plusieurs années ou même définitivement. Elle doit s’intégrer au jardin.

Définir ses dimensions

Largeur entre 1m et 1,20m en général, ce qui permet de travailler facilement sur la partie haute.

Hauteur: cela dépend des matériaux dont on dispose, des  capacités physiques du jardinier ou de la jardinière.

Plus c’est haut, plus l’exposition aux rayons du soleil est importante. Mais si les pentes sont trop fortes, l’érosion de la butte sera plus rapide. 20, 30 ou 50cm sont de bonnes hauteurs.

Si on veut faire une butte plus haute, il faudra la faire un peu plus large. Pour travailler on installera des repose-pieds, ce qui évite de tasser la terre.

L’écartement si on en réalise plusieurs

-étroit( 30cm).

– 50cm pour pouvoir travailler à genoux

-70 cm pour passer avec une brouette.

Définir sa forme

La butte doit être arrondie avec des pentes faibles pour présenter une grande surface de culture.

Mais il faut tenir compte de la nature du sol.

Avec un sol lourd et argileux, il vaut mieux des pentes de 45° voir plus. Cela évite que la terre ne se compacte.

Avec un sol sableux, les pentes doivent être plus faibles.

On peut aussi soutenir les rebords avec des planches  pour éviter l’affaissement. Ces planches serviront aussi si on veut travailler assis sur une planche transversale ou bien à poser pied ou genou.

On peut créer des buttes  de formes différentes: bandes, ados contre un mur, courbes, serpentins, trous de serrure…

Choisir la période de réalisation

En automne, en hiver ou au début du printemps.

Il est indispensable que la terre soit humide donc plus meuble mais pas gorgée d’eau car le travail serait trop difficile.

Une réalisation au début du printemps permet de profiter de l’effet coup de fouet dû à l’aération de la terre. Si on réalise la butte en automne, il faudra la couvrir de suite d’un paillis très épais si on ne cultive pas tout de suite. L’effet coup de fouet sera moins important car les plantes consomment moins d’azote( moins d’énergie solaire, donc croissance plus lente). L’azote se transforme en nitrates lessivés par les pluies.

Les différentes façons de procéder

  1. En utilisant la terre de l’allée.

Pour plus de facilité, il faut travailler un sol mouillé. On ameublit la terre, soit à la grelinette, soit au motoculteur. Ensuite on creuse avec une bêche et on monte la butte.

Si il y a de l’herbe, on peut la laisser à condition qu’elle soit intégrée à la butte où elle se décomposera. On peut aussi ajouter du compost, du fumier décomposé, toutes sortes de déchets verts, des feuilles mortes, des tontes…ce qui améliore la fertilité du sol.

  1. En intégrant des troncs, des branchages, du BRF.

On forme le lit de la butte avec ces déchets végétaux, on les tasse pour éviter les poches d’air qui seraient néfastes aux racines et on construit la butte par-dessus.

Plusieurs avantages à cette 2ème technique:

– En se décomposant, ces végétaux vont favoriser la libération de nutriments grâce à l’activité des champignons et de la faune du sol.

– Cette décomposition produit également de la chaleur ce qui peut permettre des cultures plus précoces.

– Le bois absorbe l’humidité du sol et la restitue lentement, ce qui est intéressant avec une terre drainante.

– La présence importante de matières organiques favorise l’oxygénation.

Un inconvénient:

Comme le bois se décompose, la butte se tasse et il faut la refaire plus souvent.

  1. En pratiquant un double bêchage.

On prélève une motte de terre que l’on emporte au bout de la future butte. On décompacte la terre à la grelinette et on pose sur ce carré une motte prise à côté, toujours sans la retourner.

Quand on a fini ce travail sur toute la surface, il ne reste plus qu’à recouvrir avec la terre des allées additionnée de compost ou de fumier.

Remarque:

Le fait de remuer la terre sur une grande profondeur est en contradiction avec le respect du sol. Dans la pratique, il semble que la culture sur butte donne de bons résultats car les apports compensent les aspects négatifs. Au fil du temps, les couches vont se reconstituer.

La culture sur les buttes

La butte doit être constamment recouverte d’un épais paillis. Cela évite le dessèchement et le lessivage des éléments nutritifs. En se décomposant, le paillis favorise la vie du sol et la libération de nouveaux éléments nutritifs. Ainsi la butte devient autofertile.

Sous le paillis, on enfouira les éléments des légumes non consommables, les déchets de la cuisine…Il faut que la couche soit sans cesse renouvelée. On laissera les racines des plantes, même des adventices afin de ne pas bouleverser le sol.

Deux exceptions à cette couverture:

-1 On peut la retirer au début du printemps pour permettre un réchauffement plus rapide du sol.

-2 Au moment des semis, il est nécessaire de l’écarter pour permettre la germination, surtout pour les graines fines.

Pour les graines plus grosses, on peut se contenter de diminuer l’épaisseur du paillis (5 à 10cm) jusqu’à ce que les plantules soient suffisamment développées.

Une autre technique sera de ne faire que du repiquage de plants préparés en pépinière.

L’arrosage ne doit pas être oublié même si la butte en demande moins.

On installera en haut les plantes qui ont le moins besoin d’eau et en bas les autres.

L’aération du sol pourra être nécessaire au fil des cultures. Il sera fait à la grelinette ou avec le croc sans marcher sur la butte.

Des alternatives à la butte

  1. Jardiner sans butte

Pour éviter la fatigue, les problèmes d’arrosage, la difficulté de garder sa forme à la butte.

Dans ce cas, on garde les dimensions pour travailler plus confortablement, pour éviter les piétinements.

Pour créer cette bande, on utilise des procédés proches:

-arrosage puis étalage de BRF si on en dispose, puis étalage de cartons, puis de fumier décomposé et de compost  et pour finir une épaisse couche de paillis.

La première année, on plantera des pommes de terre en faisant une incision dans le carton. les racines se chargeront d’ameublir le sol.

  1. Les lasagnes

Elles permettent d’avoir un mini potager très productif et avec des plantations denses.

Il s’agit de réaliser un mille feuilles avec des couches sèches ( paille, fumier,  feuilles mortes, litières broyat des graminées, résidu de la mare…)qui apporteront le carbone et des couches vertes  ( tontes, feuilles vertes broyées, herbes de désherbage, déchets de cuisine..)qui apporteront l’azote.

On commence par poser sur le sol non travaillé mais humide des branchages ou des cartons. Puis on étale en alternance des couches sèches et des couches vertes avec des matériaux de plus en plus fins. On terminera avec une couche fine de compost ou de déchets verts broyés à la tondeuse ou de BRF fin.

Chaque couche doit être arrosée abondamment pour permettre la décomposition des matériaux.

L’arrosage est important surtout au début.

Il faut que la lasagne atteigne au moins une hauteur de 30cm car elle va se tasser rapidement en raison de la décomposition des matériaux.

La lasagne s’installe au début du printemps: mars ou avril. On peut stocker les matériaux pendant l’hiver à proximité du lieu choisi.

La création d’une lasagne est idéale pour cultiver des plantes gourmandes en matières organiques telles que les tomates et aubergines, les cucurbitacées, les choux, les bettes et les salades.

Le désherbage est quasiment inexistant.

Par contre, il faudra se méfier des limaces qui trouveront un milieu très favorable.

A  la fin de la saison, les restants de la lasagne peuvent être utilisés en compost ou servir à en monter la suivante.

Conclusion

Chacun adaptera ces techniques à la surface de son potager, selon son inspiration et selon ses possibilités quant au choix des constituants ou de ses capacités physiques!

Sources: Les 4 saisons du jardin bio.

Le guide de la permaculture de Carine MAYO

Balades et Jardins Thérèse PERROT 2 décembre 2017