Les belles pestes du jardin

Qui sont ces belles pestes ?

Ce sont ces plantes qui colonisent tout l’espace environnant disponible et qui parfois étouffent les plantes voisines.

Je me limiterai aux plantes vivaces (et éventuellement quelques annuelles). Il ne s’agit nullement d’évoquer des mauvaises herbes mais au contraire des plantes achetées en pépinières ou jardineries et qui ont un intérêt décoratif certain par leur floraison ou leur feuillage.

Qui est une peste et qui ne l’est pas ?

Le problème n’est pas simple car

– une plante envahissante peut réjouir un jardinier qui cherche un couvre-sol pour recouvrir un grand espace et s’avérer être un véritable fléau dans un jardin soigné où l’espace est limité. A l’ombre de grands arbres, pour recouvrir une grande surface, le géranium phaeum ou le lamium sont des plantes idéales. Dans un jardin « mouchoir de poche », ce sont des plantes à proscrire.

– tout dépend également de l’état d’esprit du jardinier qui accepte ou non qu’une plante puisse s’échapper de l’espace qui lui a été attribué.

– une plante n’est cavaleuse que si elle se plaît bien c’est à dire que les conditions de culture sont très favorables (exposition, nature du sol). Un lamium en plein soleil et terrain sec n’appréciera pas du tout et risque de mourir alors qu’en terrain frais à mi-ombre il va coloniser tout l’espace.

– Les plantes couvre-sol dont il est facile de limiter l’extension car elles s’arrachent facilement n’ont pas été mentionnées comme pestes (Geranium macrorrhizum…).

Comment se propagent-elles ?

– par semis (ancolie, fenouil…) : après la floraison, les graines se forment et tombent sur le sol. Ces semis spontanés ne lèvent parfois que l’année suivante. C’est le cas de l’ancolie ou du fenouil

– par racines traçantes (anémone du Japon, menthe…) : ce sont des racines qui courent sous la surface de la terre

– par stolons aériens (pervenche, Lithospermum purpurocaeruleum…) : la plante émet des tiges aériennes qui s’enracinent.

Faut-il les acheter ?

Oui si vous cherchez à remplir rapidement de grands espaces.

Non, si votre espace est restreint, ou si vous voulez uniquement des plantes faciles à contrôler.

Il est donc difficile de répondre après ce qui vient d’être dit. A chacun de faire son choix. L’important est de savoir à quoi s’en tenir. Il est difficile de rester insensible au charme des ancolies mais attention aux semis spontanés : le jardin peut très vite être colonisé !

De plus, il faut aussi savoir qu’il y a des moyens d’éviter l’invasion.

Comment lutter contre l’invasion ?

– semis spontanés : Il suffit d’empêcher les graines de se former, c’est-à-dire couper les fleurs fanées. Attention il faut sacrifier les dernières fleurs car les premières fleurs fanées sont déjà montées à graines. C’est le cas des ancolies. On peut bien sûr laisser quelques graines se former ou bien les récolter pour les distribuer aux ami(e)s jardinier(e)s. Au printemps (en général), dès que les levées de semis apparaissent, il ne faut pas tarder à supprimer les petits plants en trop. Encore faut-il savoir  reconnaître les feuilles !

– racines traçantes : Planter dans un contenant sans fond de 30 cm de profondeur minimum (pot de terre, conteneur plastique pour plantes, bassine etc). Le plus simple est de prendre un pot en plastique (noir pour la discrétion) et découper le fond. Pour certaines plantes il peut être conseillé de laisser dépasser le rebord du contenant d’environ 2 cm. Lorsque la plante occupe tout l’espace du pot, on la divise et on replante une partie de la touffe.

Pour des plantes telles que l’Anémone du Japon, l’espace devant être plus grand, on pourra tapisser les bords d’une fosse par un film plastique. C’est ce que j’ai fait pour un petit bambou trop cavaleur, le Pleioblastus auricoma. Il n’a pas encore trouvé la porte de sortie !

Mais une plante cavaleuse peut être limitée tout simplement par une terrasse, une allée ou même une pelouse. Attention toutefois à ce que la plante ne colonise pas la pelouse, ce qui m’est arrivé avec l’Achillée crismifolia.

La culture en pot est souvent recommandée voire indispensable (Leymus arenarius, menthe…).

– stolons aériens : Il faut systématiquement couper les stolons et arracher si besoin les tiges enracinées.

MES pestes dans mon jardin

 

Ce sont celles que je connais bien pour les avoir affrontées. Certaines ont été éliminées définitivement du jardin. D’autres existent encore mais je dois sans relâche limiter leur prolifération… tant bien que mal !

Elles se ressèment partout…

Aquilegia vulgare (Ancolie) : une superbe vivace de 80 cm à 1 m. Floraison mai. Les fleurs sont très différentes les unes des autres (forme, coloris). Les semis spontanés ne sont pas toujours identiques à la plante-mère (hybridation). Pousse à peu près n’importe où. Très sensible à l’oïdium après la floraison (raser 1 voire 2 fois le feuillage atteint).

Note personnelle : Une de mes vivaces préférées. Dès que les premières fleurs fanent, il faut les couper. C’est fastidieux si on a beaucoup de plants comme c’est mon cas. Ne pas attendre la fin de la floraison pour couper toutes les tiges. On peut laisser quelques fleurs monter à graines et les récolter avant qu’elles ne tombent sur la terre.

Foeniculum vulgare (fenouil) :

Vivace au feuillage aromatique (anisé), léger et très décoratif (surtout ‘Purpureum’ pourpre). Floraison jaune en juillet-août. 1,50 m à 2 m.

Note personnelle : Il faut absolument empêcher les graines de se former. Les racines sont pivotantes et les petits plants sont difficiles à arracher. J’ai passé plusieurs heures à supprimer quelques m² de petits plants !!! J’ai complètement supprimé cette vivace du jardin, même si je la trouve très belle.

Geranium phaeum : Géranium vivace pour la mi-ombre et l’ombre. Belles touffes de 80 cm. Nombreuses variétés. Tout sol.

Note personnelle : Géranium intéressant pour un sous-bois. Il faut le surveiller car les petits  plants peuvent vite former de grosses touffes. Intéressant parfois mais ces touffes peuvent étouffer les plantes voisines. Je le contrôlais très bien depuis des années mais en 2012 les touffes se sont multipliées et ont pris une envergure qui a posé de vrais problèmes.

Impatiens balfourii : Annuelle de plus de 1 m. Floraison tout l’été. Les gousses de graines éclatent au moindre toucher. I. glandulifera est tout aussi invasive.

Note personnelle : Une calamité, surtout quand on a de jeunes enfants qui trouvent très drôle de faire éclater les gousses. Plusieurs années pour m’en débarrasser !

Montia sibirica : Jolies feuilles charnues, brillantes, vert foncé. 20 cm. Longue floraison rose en mai-juin. Toute exposition. Sol frais.

Note personnelle : Des milliers de petits plants lèvent en fin d’hiver. Il ne faut surtout pas attendre pour en enlever une centaine pour en garder un par ci par là. En 2012, j’ai été complètement débordé : il y en avait partout, même sous les arbustes. Heureusement l’enracinement est superficiel et les plants s’arrachent facilement.

Myosotis alpestris : Bisannuelle de 30 cm. Floraison bleue vers avril-mai. Soleil ou mi-ombre. Sol ordinaire. Arracher les plants avant la fin de la floraison (en fin de floraison les plants montent et sont moins beaux). Les petits plants apparaissent dans le courant de l’été : faire du nettoyage avant l’hiver pour limiter leur nombre.

Note personnelle : Une plante à redécouvrir mais attention aux milliers de petits plants.

Elles drageonnent

 (un réseau souterrain de racines)

Achillea crithmifolia : Feuillage persistant gris-vert, finement découpé et doux au toucher. Floraison en ombelles blanc-crème. 20 cm. Plein soleil, sol ordinaire.

Note personnelle : C’est surtout le feuillage que j’aime beaucoup. Cette plante m’a été donnée mais on a oublié de me dire qu’elle cavale ! Au retour des vacances, elle commençait à coloniser la pelouse ! Il vaut mieux la contenir par une « barrière » quelconque.

Anemone hupehensis var. japonica (Anémone du Japon) : 1,20 à 1,50 m. Soleil mais plutôt mi-ombre. Tout sol riche et frais. Floraison rose en fin d’été.                                                                                Note personnelle : Je désespérais de ne pas l’avoir et maintenant je désespère de l’avoir ! Je supprime tous les ans une centaine de petits plants dans une plate-bande. Ils apparaissent un peu partout à plusieurs mètres du pied-mère. Il faut lui préférer la variété blanche ‘Honorine Jobert’ plus sage.

Artemisia ludoviciana ‘Valerie Finnis’ : 50 cm. Vivace rampante à feuillage gris. Plein soleil. Supporte la sécheresse. Raser le feuillage quand il s’abîme, un nouveau réapparaît.                          Note personnelle : Peut être belle ou vraiment laide si on ne rase pas son feuillage.

Ceratostigma plumbaginoides : 25 cm. Feuillage rouge-bronze à l’automne. Superbe floraison bleu nuit en fin d’été. Soleil, mi-ombre. Sol frais. Accepte l’ombre sèche.

Note personnelle : Elle est difficile à arracher : j’ai renoncé à la supprimer complètement car sa floraison est superbe et son feuillage d’automne intéressant.

 

Euphorbe cyparissias : Euphorbe petit-cyprès. Feuillage caduc très fin. Floraison jaune-vert en avril. Soleil, sol même pauvre et sec. La variété ‘Clarice Howard’ a un feuillage pourpre.                          Note personnelle : Elle est si mignonne en fleurs que l’on oublie que c’est une vraie peste qui s’insinue partout. Je pensais l’avoir supprimée, mais elle est toujours là… et je la surveille ! Difficile à arracher car elle s’accroche à la vie !

Galium odoratum (Aspérule odorante) : couvre-sol caduc de terrain frais. Mi-ombre, ombre. Floraison blanche en mai-juin. Plante aromatique et médicinale.

Note personnelle : très jolie mais trop envahissante. 2 ans pour la supprimer

Helianthus ( ?) : 1,50 à 2 m. Grandes feuilles rugueuses. Soleil. Tout sol même sec et pauvre.

Note personnelle : C’est une plante que l’on voit partout mais je n’ai jamais trouvé son véritable nom botanique. A mon avis c’est un Helianthus, mais lequel ? C’est une vraie calamité et en plus elle est très sensible à l’oïdium. Il m’a fallu plusieurs années pour la supprimer. L’Helianthus decapetalus la remplace avantageusement (même fleur) mais elle ne drageonne pas. Dans le même genre il y a le Silphium perfolatium.

Lamium : L. galeobdolon (floraison jaune) et certains L. maculatum (floraison rose ou blanche). Couvre-sol de sous-bois (émet également des stolons). Terre ordinaire mais restant fraîche.                                                              Note personnelle : J’ai complètement supprimé L. galeobdolon que je n’aime pas. Choisir des variétés de L. maculatum au développement contrôlable ‘Silver Beacon’, ‘White Nancy’… plutôt que ‘Chequers’ ou ‘Shell Pink’.

Leymus arenaria : Graminée bleue pour terrain sablonneux (stabilise les dunes) et plein soleil. 90 cm. Le feuillage jaunit en hiver. A utiliser en pot car c’est une peste redoutable.

Note personnelle : très belle mais incontrôlable. Plantée près d’un rosier, j’ai dû la supprimer avant qu’il ne soit trop tard pour le rosier… et pour moi ! Bien réfléchir avant de la planter.

Menthe : Nombreuses espèces et variétés toutes aussi envahissantes les unes que les autres. Mi-ombre et terrain frais.

Note personnelle : Une astuce : les faire pousser dans de grands bacs (lessiveuses…)

Solidago canadensis (Verge d’or) : 1,50 m. Plumets de fleurs jaunes en été. Soleil, sol ordinaire.

Note personnelle : J’apprécie moyennement cette plante. Depuis sa plantation il y a quelques années, j’enlève régulièrement certains plants pour la limiter (facile car son enracinement est superficiel mais en 2013, pour une raison que j’ignore, la plante occupait plus d’un mètre-carré au risque d’étouffer toutes les plantes voisines. J’ai tout supprimé !

Violette sauvage : Probablement Viola sylvestris que l’on trouve à l’état naturel dans les sous-bois. Floraison violet pâle au printemps. Non odorante. 20 cm. Soleil, mi-ombre.

Note personnelle : Il y a une trentaine d’années j’ai eu l’idée stupide de prélever dans la nature ces violettes. 30 ans plus tard, je n’ai toujours pas réussi à m’en débarrasser ! Si seulement elles fleurissaient abondamment ! Elles se contentent d’étouffer les plantes voisines…

Elles se marcottent

(émettent des stolons aériens)

Lithospermum purpurocaeruleum (Buglossoides purpurocaerulea) : 20 cm. Tout sol. Mi-ombre, ombre. Emet de longs stolons à la manière des fraisiers. En avril : fleurs bleu gentiane très belles mais peu nombreuses.

Note personnelle : Forme un tapis très dense qui peut tout étouffer (du muguet par exemple !). Pas facile à arracher. Plante que j’essaie de supprimer… pas évident !

Vinca (pervenche) : major (40 cm) ou minor (20 cm), elles colonisent les endroits ombragés. Floraison bleue ou blanche.                                                                                                                  Note personnelle : Intéressante pour couvrir de grands tapis en sous-bois. Mais beaucoup de feuillage pour peu de fleurs. Peut être une peste dans un petit jardin. Limiter son extension.

Les bulbeuses

Allium triquetrum : Ail à tiges triangulaires. 30 cm. Longue floraison en avril-mai : clochettes pendantes blanches. Plante invasive en Bretagne (fait disparaître la flore locale).                             Note personnelle : La floraison est belle et spectaculaire mais s’il se plaît, cet ail est un fléau. J’ai fait la bêtise de jeter les bulbes au compost : le meilleur moyen de le propager dans tout le jardin. J’essaie de le supprimer totalement. Pas évident !

Alstroemeria aurea : 1 m, soleil. Sol riche et sec. Floraison orange en début d’été. Se couchent car les tiges sont trop souples.

Note personnelle : Planté plein Sud au pied de la maison, elle a colonisé toute une plate bande. J’ai dû la supprimer, non sans quelques regrets. Impossible à déplacer car les racines cassent comme du verre.

 

Et les autres.

 

Celles que j’ai eu la bonne idée de ne pas planter ! Il est impossible de citer toutes les pestes du jardin. Je me suis contenté de ne citer que celles qui peuvent s’avérer être des calamités !                                                                                                                                   Rhizomes traçants.

Aegopodium podagraria ‘Variegatum’ (Herbe aux goutteux) : Couvre-sol d’ombre et mi-ombre. Beau feuillage panaché. Floraison blanche en ombelle. 30 à 50 cm. En pot ou entre les arbustes. Attention : difficile de s’en débarrasser !

Houttuynia cordata ‘Chameleon’ : 20 cm. Feuillage panaché de vert, jaune et rouge. Mi-ombre. Sol frais à humide.

Physalis alkekengi  (Lanterne chinoise ou Amour en cage ou Coqueret) : 50 cm. Baies  rouges dans un calice orange. Soleil, mi-ombre.

Persicaria elata : 60 cm, Floraison blanc rosé en été. Feuillage vert marginé de pourpre. Mi-ombre. Sol frais

Persicaria runcinata ‘Yunnan Giant’ : 30 cm, superbe feuillage triangulaire vert et pourpre. Mi-ombre. Floraison crème en été. Sol frais.

Se marcottent

Ajuga reptans : 15 cm. Couvre-sol d’ombre. Floraison en épis bleus au printemps. Nombreux cultivars dont ‘Black Scallop’ au feuillage noir .

Il est impossible de citer toutes les pestes que l’on peut cultiver dans un jardin. Toutefois, je terminerai en disant que certains jardinier(e)s se plaignent également de :

Acaena novae-zelandiae (couvre-sol de 15 cmfruits épineux, se marcottent), Achillea ptarmica ‘The Pearl’ (floraison double blanche en juillet), Bidens aurea ‘Hannay’s Lemon Drop’ (floraison jaune et blanc à l’automne. 1,50 m), Lysimachia ciliata ‘Firecracker’ (Feuillage pourpre, floraison jaune en juillet), Lysimachia clethroides (floraison blanche en bec de canard), Melissa officinalis (plante aromatique à odeur de citron), Phlomis russeliana (Fleurs jaune en été), Veronica filiformis (floraison bleue en mars-avril, 5 cm)…

Et il y a toutes celles qui ont été oubliées !!!

Alain Dupont

« Balades et jardins »

Le 9 novembre 2013