Le Jardin de Luluberlue

Visite du 27 octobre 2021

On peut tout attendre d’un lieu qui porte un nom si original et en effet, les surprises ne manquent pas. C’est dans un jardin revêtu des couleurs d’automne que nous avons été accueillis par sa propriétaire, Françoise Turmel. «Il faut l’imaginer au printemps », lance t’elle tout en proposant thé et tisane de verveine citronnelle maison. En grande partageuse dont elle fera la démonstration durant la visite, elle a pris la peine de préparer des pousses de chrysanthèmes, sedums, sauges originales ou joncs tortueux prêtes à être embarquées par les amateurs. Elle a même prévu des sacs de pommes fraichement ramassées sous un généreux pommier. Comme tous les arbres qui se dressent sur les 2 hectares acquis en 1976 et qui n’étaient que taillis et ronces, il a été planté par Françoise et son mari Gérard, un grand fan de conifères. Tout au long des deux heures de déambulations dans cet univers qu’elle décrit comme peu conventionnel, Françoise ne cesse de proposer des pousses des plantes qui se bousculent sur les parterres : « De la misère de Grèce ? Qui en veut ? », « Ce lierre vous plait ? Prenez-en une tige !» Munie d’une petite binette à main, la voilà qui arrache de petites touffes pour mieux donner. Elle qui jardinait dès ses cinq ans dans le jardin de sa grand-mère, s’investit à 100% dans son jardin écologique avant l’heure et qui évolue d’année en année au gré de nouvelles plantations. La vie si modeste soit-elle est ici respectée. On ne jette rien, on recycle tout. La terre des taupinières vient nourrir les parterres créés sur la roche, de même que les feuilles et les tailles d’arbustes broyés…« Générosité », « sérénité», « patience» ou « joie » sont inscrits sur des galets blancs bien alignés.

Toute proche, une drôle d’allée jalonnée de bottes et de chaussures remplis de plantes mène à un amas granitique qui souligne la crête sur laquelle a été construite la maison. Pour y parvenir, il a fallu miner le terrain…Des prénoms des ancêtres, enfants, petits-enfants sont tous inscrits quelque part, sur une ardoise, un tronc, un portillon, un cabanon. Les noms des animaux de compagnie aussi. Le chat noir (Lulu !), les poules et canard croqués par le renard, ne sont pas oubliés. Dans les arbres sont accrochés des oiseaux en tôle découpée ainsi que des messages poétiques à méditer. Ici on n’est pas dans la déco, rien n’est superflu. « Je suis restée une enfant », avoue l’ancienne institutrice de La Gacilly toute proche. On essaie d’imaginer les rosiers Mozart et Fée des Neiges en fleur, les iris Formosa, les phlomis. En passant on froisse les feuilles d’un poivrier du Sichuan, une sauge ananas, de l’aspérule odorante qui galope. Là un grenadier, là des caseilles, une menthe arbustive australienne nommée prostanthera. Beaucoup de la multitude des plants sont le produit de boutures, si peu ont été achetés. Depuis la crête on rejoint un mini-vallon rocheux enserrant une petite nappe d’eau. Trois sources au moins baignent le terrain. En remontant de ce chaos naturel on rejoint le potager et le poulaillier avant de remonter vers un site plus sauvage, tapissé de bruyères et hérissé de pins. Françoise a entrepris d’y dégager d’autres roches, peut-être une ancienne carrière, découvertes par hasard. A force de creuser la terre en surface, cette obstinée a dégagé comme un amphithéâtre. Et elle compte bien creuser encore ! Autant dire que ce jardin à la fois botanique et jardin de mémoire n’a laissé aucun visiteur indifférent. On y reviendrait volontiers, tant on devine que son charme opère en toute saison.

Texte: Marie Christine Morosi

Photos: Daniel Perrot

Balades et Jardins

Propriétaires : Gérard et Françoise Turmel
11, les landes de cojoux
35550 Sixt sur Aff
Tél. : 02 99 70 03 23 / 06 62 06 48 27