Le Domaine départemental de la Roche Jagu à Ploëzal (22)
Le matin, visite guidée du Château et de l’exposition de Lucien Pouëdras

Nous voici réunis ici pour la 2nde fois cette année : en avril nous sommes venus participer à la Fête des jardins, organisée par le Conseil départemental… Et le cadre nous avait déjà séduits !
Eté 2026 ! Soleil, chaleur, sécheresse, un été qui restera dans nos mémoires.
Et ce mercredi matin de mi-septembre, nous rejoignons les Côtes-d’Armor où nous pensons trouver un peu de fraîcheur…
Ce matin, nous commençons par une visite atypique : une exposition sur un thème qui nous interpelle, nous, jardiniers, à travers les peintures de Lucien Pouëdras, enfant de notre Morbihan, plus précisément de Languidic, région de Baud.
124 toiles originales de ce peintre, qualifié de « naïf », sont exposées à l’intérieur du château et Camilo, notre guide, nous entraîne vers ce témoignage précieux, témoin de la vie rurale en Bretagne avant le remembrement d’après-guerre.
Lucien Pouëdras, autodidacte, peint depuis l’âge de 30 ans, et, grâce à sa mémoire infaillible continue son témoignage…
La mémoire du peintre se lit tout le long des parcours thématiques : son village, les champs cultivés, les prairies naturelles, les landes, les espaces naturels, le bocage, les talus et les chemins creux, tout cela rendu à la hauteur d’un enfant de 7/8 ans !
Et puis aussi, les interactions, la circulation, l’entraide et les grands travaux, les artisans de passage et le commerce, sans oublier la place de l’enfant.
Ces œuvres, sensibles, témoignent d’une organisation bienveillante, révélatrices d’une biodiversité en partie disparue. Nous ressentons plus que jamais l’importance de ce témoignage que nous découvrons aujourd’hui face aux bouleversements écologiques.
Nous sommes en admiration devant tout ce travail, et certains de nos adhérents sont plus touchés par ce rappel de leur enfance ayant vécu sur les lieux retracés dans ces tableaux.
12h déjà !
Nous sommes tellement pris par les explications de Camilo que le temps est trop juste pour reparcourir les salles et reprendre en détail notre déambulation dans ce château médiéval du 15è siècle construit au bord de la rivière du Trieux dont nous avons une superbe vue en longeant le chemin de ronde, mais, rendez-vous à cet après-midi après notre pique-nique dans le parc du domaine.

L’après-midi, visite guidée du Parc par le chef jardinier
Jean-Baptiste Bahier, chef jardinier du parc depuis trois ans, nous attend pour la suite de la journée et nous invite à sillonner parmi les 64 hectares dont 40 de forêt du domaine.
Tout en longeant le manoir breton, édifice témoin d’un système défensif entre Pontrieux et l’archipel de Bréhat, nous sommes invités à découvrir le bassin aux chevaux avant de rejoindre le promontoire à droite de la tour du château.
Là, apparait une vue d’ensemble de la forêt, le Trieux serpente en contre-bas et sert de frontière à la forêt de pins maritimes, qui, au XIXe siècle étaient destinés à la production de pieux pour les mines à charbon en Angleterre.
De cette hauteur, nous avons un triste aperçu du passage de l’été sur tous ces arbres : hêtres, chênes, châtaigniers, frênes (qui servaient à la fabrication des javelots par les vikings), et se pose la question de l’avenir de ces espèces face au climat.
L’aménagement du parc a pris forme après la grande tempête de 1987 et le travail de l’architecte-paysager Bertrand Paulet, commencé il y a 30 ans, se poursuit actuellement, entre-autres, dans les jardins médiévaux regroupant les espaces médicinaux, potagers, bouquetiers, seigneuriaux autour des quatre axes.
Le jardin seigneurial, très ensoleillé, évoque le moyen-âge. Un projet de roseraie commence à prendre forme pour l’année prochaine.
Un potager du moyen-âge regroupe légumes anciens : livèche, panais, raifort, estragon des moines, guimauve, fenouil…
Le champ des possibles, créé il y a deux ans, regroupe un jardin actuel en agroforesterie 200 plants de petits fruits se noient dans une jachère fleurie, colorée de jaune avec les tournesols, de rouge avec les cosmos, de mauve avec les mauves… Des bordures de treillage en saule structure l’ensemble. Une culture de cucurbitacées termine ce joyeux jardin.
Nous entrons maintenant dans la forêt du parc en logeant l’allée des camélias. Un peu moins de 500 japonica, sasanqua invitent à la flânerie et nous arrivons à la butte aux ifs : labyrinthe du moyen-âge et aux prairies dites maigres où la fauche tardive y est appliquée pour la diversité des espèces et sert aux inventaires aux papillons.
Notre promenade nous mène vers les pergolas très présente au moyen-âge, habillées de rosiers, de vignes et la dernière édifiée en terrasse suspendue avec sculptures en fer forgé où s’enroulent glycines de Chine et glycines du Japon.
Une halte s’avère bienvenue au bord des bassins du Stanco, nom de la rivière qui coule sur le domaine. Ce lieu enchanteur a servi de viviers et sur un arbre, couvert de lierre en fleurs, abeilles et différents insectes dansent dans les rayons du soleil.
Nos pas nous mènent près de trois carrés empierrés : les bassins de rouissage. Lieu très calme mais chargé d’histoire rendu à la nature après l’interdiction de cette technique de rouissage du lin, à la fin du XIXe siècle.
La descente se poursuit par le passage dans la palmeraie qui surprend par son exotisme. Espace aménagé dans une ancienne carrière où l’eau chante et s’écoule dans une succession de petits bassins servant d’arrosage aux palmiers, bananiers, camphriers, acacia et même un sapin de Douglas.
Et nous voilà au bord du Trieux avec son marécage et ses prés-salés et leurs véritables trésors de vie.

Mais arrive l’heure de remonter en empruntant le dénivelé de 70 mètres !
e jardin méditerranéen s’appuie contre le rempart et réchauffe figuiers, menthes, oliviers, aulnes, vignes, romarin…
La fin de notre après-midi avec Jean-Baptiste nous rassemble une nouvelle fois sur le promontoire et là, nous remercions vivement notre guide pour la richesse de ses explications, sa grande écoute.
Cet espace naturel et bocager de grande richesse en flores et faunes ne peut se quitter sans passer par la boutique…

Date : 22 septembre 2026
Texte : Hélène
Photos : Hélène